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Par ici la sortie

« Escapologiste », beau néologisme formé sur un emprunt à la langue anglaise pour définir un beau métier : sauver des gens. Le sauve(te)ur professionnel : Mr. Esc, que vous allez incarner. Mr. Esc fait un beau métier, certes, mais il est un peu intéressé. L'hôpital est sur le point de s'écrouler : notre sauveteur se dépêche d'y aller car il ne veut pas laisser de jolies infirmières dans cette situation périlleuse... L'industrie pharmaceutique a des soucis : tant qu'on le paie, il sauve des vies (ce qui ne l’empêche tout de même pas de porter un jugement sur les agissements des industriels). De temps en temps donc, on se demande si le personnage est motivé uniquement par sa grandeur d'âme ou par autre chose. Soit ! Tout cela n'est pas très grave, car en définitive les petits défauts du personnage sont plus là pour ajouter une note de charisme, et ainsi faire opérer plus fortement l'identification du joueur.

Comme son titre l'indique, le but du jeu est de remplir des missions de sauvetage en temps et en lieux donnés et de se diriger au plus vite vers l' « Exit » (la sortie). Ici, vous avez trois minutes pour sauver une personne qui est la proie des flammes, dans « l'immeuble infernal ». Là, vous avez cinq minutes pour secourir un enfant dans « le souterrain des ténèbres », le tout en passant sous l'eau, en trouvant une clé et en actionnant un élévateur. Là, enfin, vous avez six minutes pour vous charger d'au moins trois compagnons, et pour les aider à trouver la sortie de cet enfer dont ils sont prisonniers.

Un concept inhabituel

L'interface pour accéder aux niveaux/missions est cohérente et vous pouvez naviguer dans celle-ci au gré de vos humeurs, en choisissant la difficulté et la situation (« l'hôtel de glace », « explosion à l'usine », etc.). A chaque fin de mission apparaissent votre temps et votre score. A tout moment vous pouvez accéder de nouveau à une mission pour améliorer, ou pas, vos talents de sauveteur. Jusque là, vous me direz, rien de très original! Eh bien si! Tout d'abord parlons un peu des graphismes : le jeu est réalisé en cell-shading. Alors oui, on n’adhère pas nécessairement à cette esthétique. Cependant, ici, cette dernière est mise à profit dans le cadre d'un gameplay original. Car non seulement vous dirigez Mr. Esc, mais en plus vous pouvez donner des ordres à ses compagnons : toutes les commandes de la console sont mobilisées, et il ne fait pas de doute que, pour une fois, nous avons bien affaire à un jeu pensé pour la PSP. Un jeu dont la phase de conception a été exclusivement tournée vers le fait de tirer profit des possibilités offertes par cette console. Ici, pas question de portage ou d'adaptation, comme il en existe tant actuellement.

Même la connexion de la console est utilisée: vous pouvez télécharger des niveaux supplémentaires grâce au mode infrastructure.

Enfin, cerise sur le gâteau de l'originalité : vous pouvez diriger Mr. Esc jusque dans les crédits du jeu. Je ne vous en dis pas plus et vous laisse tout le loisir de le découvrir.

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Un concept inhabituel (bis)

Être dans un jeu au gameplay et aux graphismes inhabituels n'est pas l'unique force constatable. Le concept, lui aussi, est très novateur. Pour une fois il n'est pas question de détruire, de mettre en pièce, de faire couler des litres d'hémoglobine, ou je ne sais quoi d'autre. Vous devez juste sauver des vies, apprendre à collaborer avec des compagnons et apprendre à ces compagnons à collaborer entre eux. Voilà une chose rare dans le jeu vidéo, qui a tendance, plus généralement, à interpeller l'esprit de performance dans une violence gratuite. Ici, vous devez être performant parce que votre profession est de sauver des vies, c’est tout !

Un autre concept très intéressant: la non catégorisation du genre de ce jeu. Oui, on peut penser être dans un simple jeu de plate-forme par le traitement en scrolling, mais petit à petit on se rend bien compte qu'il s'agit d'autre chose. Car interviennent de la réflexion dans un but de cohésion avec autrui dans une situation donnée et de la stratégie aussi, puisque vous devez établir un plan d’action qui doit être le plus efficace possible pour réussir votre mission. Il arrive des fois que vous soyez obligé de recommencer plusieurs fois le même niveau -voilà un reproche que l’on pourrait faire à ce jeu- parce que vous avez opté pour la mauvaise stratégie. Mais rien ne vous lasse, vous recommencez et vous vous rendez compte que votre façon de jouer, au plus profond de votre âme de joueur, fait appelle à des capacités cachées de stratège.

Du « vintage » pour du sang neuf !

Scrolling, cell-shading : ces mots pourraient faire penser que nous sommes dans un vieux jeu remis au goût du jour, sans plus de créativité. Le scrolling, en effet, est assez rarement utilisé aujourd’hui et il est clair qu’il nous ramène quasiment aux balbutiements des premiers jeux vidéo. Le cell-shading donne, quant à lui, cet aspect « cartoon » qui pourrait nous faire croire que nous sommes restés à un point nostalgique de notre enfance. Mais il n’en est rien. Car ici je parlerais bien plutôt du déploiement du concept « vintage » dans le jeu vidéo. Un « vintage » hissé au rang de l’Art vidéoludique. Ainsi, Exit propose un ensemble cohérent dans son originalité -sur une console dont on peut dire qu’elle en a sérieusement besoin- et le fait de façon tout à fait paradoxale, en apportant ce concept « vintage » comme un sang neuf dans la masse créative du jeu vidéo actuel. Essayez-vous à l’ « escapologie », vous verrez, c’est vraiment un beau métier !

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{Article publié en mars 2006}