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Rez, Lumines, Lumines II, Meteos, et puis... Every Extend Extra, ou E3 . Point commun de tous ces jeux : Tetsuya Mizuguchi. Grand manitou du studio Q Entertainment, il fait partie de ces rares créateurs à nous offrir des jeux singuliers, où musique(s) et image(s) sont pensées à égalité et perçues comme des matières créatives qui méritent la même noblesse de traitement. En janvier 2007, donc, arrivait chez nous Every Extend Extra, conçu pour la console PSP. Alors, nouveau concept destiné uniquement aux fans de Mizuguchi ? Jeu aussi prenant qu'un Lumines ou un Rez ? Nouvel OVNI des ludothèques ?

Relooking extrême

EEE (un autre petit nom) n'est pas un concept original de Q Entertainment. Il s'agit au départ d'un jeu plus ancien, intitulé Every Extend (E2, ou EE), réalisé par un jeune étudiant et qui a fini entre les mains d'un employé de Q Entertainment. Le studio de Mizuguchi, très vite contaminé par l'aspect « addictif » de ce jeu, décida de réaliser une version PSP (si vous vous rendez sur le site du jeu, vous pourrez voir une petite vidéo d'une interview de Mizuguchi qui explique toute l'histoire).

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Mais le concept du jeu original, qui semble avoir passionné tant de personnes au point qu'elles ont voulu nous faire partager cette expérience, ça consiste en quoi ? C'est très simple : vous incarnez une forme géométrique (qui rappelle une rose des vents), un vaisseau spatial en fait, qui au fil des niveaux va devoir combattre contre les diverses attaques géométriques/spatiales. Ici, pas de tirs à la Space Invaders : la petite subtilité est que vous devez faire exploser votre « forme géométrique-avatar-vaisseau spatial » pour éliminer l'environnement hostile. Chaque niveau a des contraintes de temps et de quantité de vaisseaux disponibles, ce qui, selon votre habileté, vous fera très vite pester ou passer au niveau suivant !

EEE, la version mizuguchienne, fait en tout premier lieu honneur à son aîné puisque la version originale est jouable via le menu du jeu. Il est donc possible, et c'est très honnête comme démarche, de comparer l'original à la version « relookée ». Eh oui, j'ose le mot « relookée » ! Car vous l'aurez compris, du point de vue du gameplay « primaire », le jeu n'a subi quasiment aucun changement. Tout l'art de Mizuguchi va donc résider dans sa capacité à « relooker » l'original par l'image et le son.

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Le savoir-faire Q Entertainment

Image nourrie par le son, son nourri par l'image, interaction entre les deux médias, voilà un sujet qui n'est définitivement pas étranger à Mizuguchi. Tout son art repose sur ce savant mélange. Complémentarité, conflit, tout est fait pour que chaque instant du jeu soit une expérience nouvelle. Du point de vue de l'image, les différents niveaux, grâce à un mélange esthétique de culture pop et de high tech, sont rythmés par des variétés d'habillages qui évitent une chute trop rapide vers le sentiment de répétition. La musique, toujours orchestrée chez Mizuguchi de telle façon que l'on a le sentiment d'en être le déclencheur par nos actions de jeu, est elle aussi le pilier, la colonne vertébrale de l'ensemble. Une fois encore avec EEE, on a l'étonnante sensation d'être le créateur/démiurge de l'univers du jeu. Image et son organisent donc cette machine vidéoludique au gameplay simple, voire simpliste pourront dire certains. Mais c'est l'expérience de l'instant qui compte, et la magie Mizuguchi opère une fois de plus !

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Et sur l'ensemble du jeu? Eh bien, une difficulté mal dosée, un léger manque de précision. On regrettera en effet qu'une certaine focalisation se soit effectuée sur le look et que l' « amélioration » de certains aspects du gameplay ait été laissée de côté. Ce qui pourrait laisser sous-entendre que ce jeu est destiné aux fans avant tout, ceux qui excuseront ces quelques défauts en prenant plaisir à se replonger dans une nouvelle expérience signée Mizuguchi. Cependant, fan ou pas, dès la console éteinte une seule envie nous tenaille : retourner dans le jeu pour passer ces satanés niveaux, voir ce qu'il y a au-delà, découvrir les autres métaphores colorées et les autres compositions musicales de Uscus, Qp ou h ueda. Ces abstractions qui mènent à la métaphysique. Car c'est peut être ça, une fois encore, le savoir-faire Q Entertainment : faire entrer la philosophie dans l'environnement du jeu vidéo.

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{Article publié le 7 février 2007}