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A une époque où l’on ne parle plus que des consoles « next gen », on oublie un peu vite que des titres incontournables arrivent encore sur nos consoles « old gen » déjà condamnées par beaucoup à devenir des reliques de l’ère moderne. C’est le cas du jeu Yakuza, sorti sur Playstation 2 au milieu du mois de septembre 2006.

Développé, édité et distribué par Sega, ce jeu au slogan accrocheur : « sang, honneur, respect », a un PEGI de 18 ans.

Un GTA à l’oriental ?

Gang, violence, urbanité, sang, etc. Voilà des mots types qui résonnent comme l’exacte description d’un Grand Theft Auto. Oui mais, parce qu’il y a un « mais », le contenu de Yakuza présente d’entrée un contenu culturel qu’est loin d’afficher un GTA. Alors que ce dernier ne propose qu’une violence gratuite, voire une violence pour la violence, Yakuza nous entraîne bien loin de ces propos pour nous plonger en plein dans la complexité toute japonaise de ce que nous appelons, ici, les gangs, et de ce qui là-bas est une pratique plus que centenaire de l’organisation sociale, économique, humaine (je vous renvoie à titre de documentation à deux très bons ouvrages consacrés à ce sujet : Yakuza, enquête au cœur de la mafia japonaise, de Jérôme Pierrat, édité chez Flammarion, ainsi que : Yakuza, la mafia japonaise de Alec Dubro, édité chez Philippe Picquier).

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Une fois balayée la comparaison d’un point de vue culturel, il n’en reste pas moins que Yakuza est un jeu vidéo qui emprunte certaines de ses formes à GTA : arpenter les quartiers d'une ville, effectuer des missions... et même dans le scénario : le personnage principal, Kiryû Kazuma, que l’on incarne, sort de 10 années de prison. Mais, parce qu’il y a encore un « mais », si des points communs existent, très vite ils sont relativisés. D'une part par les choix esthétiques : l'urbanisme est typiquement japonais (des noms de lieux ressemblent d’ailleurs fortement à des noms de quartiers de Tôkyô), certains personnages arborent des tatouages traditionnels japonais, voire propres au monde des yakuza dans leur symbolique ; d'autre part par le comportement des personnages (dialogues, actes), qui est toujours guidé par le code de politesse et d'honneur typiquement japonais. Ainsi donc, après les quelques similitudes remarquées dès le début du jeu, on oublie très vite cette idée pour se plonger dans un univers tout à fait original et presque authentique, bien loin d'un GTA qui élude les aspects culturels pour n'en retenir que la violence intrinsèque!

Une vie de yakuza

De façon tout à fait convaincante Yakuza est un jeu qui, autant dans le scénario que dans le gameplay, entraîne constamment vers une immersion totale. Commençons par les aspects liés au scénario : liens « familiaux », trahison, respect, manipulation, pouvoir, argent, etc. Tout au long du jeu vous ferez l'expérience de ce qu'est l'apprentissage d'une vie de yakuza. Et vous aurez, de plus, le choix grâce au menu « options » « passage des cinématiques » de faire cet apprentissage en n’effectuant que les phases jouables du jeu, ou bien en optant pour la partie contenant également les cinématiques. Cette suggestion venant contenter à la fois les joueurs avides d'action et à la fois les mordus de cinématiques !

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Être Yakuza c'est aussi vivre les contraintes d'un quotidien où il faut lutter dans la rue contre la moindre petite frappe ou le membre d'une famille adverse. Là, le gameplay a été très bien pensé puisqu'à tout moment, lors des diverses pérégrinations du personnage à travers la ville, il sera confronté à ces mauvaises rencontres et ne pourra éviter la confrontation : on passera alors en « mode combat ». L'interface est intéressante (de même que le passage des bruits de la rue à une musique bien entêtante) puisqu'un écran « versus » du plus pur style des anciens jeux d'arcade apparaîtra, indiquant l'identité de l’ennemi. Même si dans un premier temps ce passage du « mode histoire » vers le « mode combat » peut rebuter (et les temps de chargement n’y sont pas étrangers), très vite on apprendra à composer avec cette situation. D'autant que l'interaction avec les éléments du décor que l'on peut utiliser pour se battre ou les points d'expériences acquis dans ces combats rythmeront le jeu sans jamais donner de sensation de répétition. Seul petit inconvénient : il arrive que, plongé dans une mission, on ait l'impression d'être interrompu au cœur de ce que l'on était en train de faire... mais très vite encore on comprendra l'utilité de ces « interruptions », car l'expérience acquise dans la rue est celle qui servira ailleurs dans d'autres combats à l'importance et aux enjeux plus grands!

Les missions et les combats de rue, les missions et les combats au sein des clans... Qu'il s'agisse d'aider un passant ou de se faire respecter au sein des grandes familles, Yakuza est un jeu qui parvient parfaitement à gérer les différentes couches de récits et de missions, des plus anodines aux plus conséquentes. Et la navigation entre toutes ces diverses couches du jeu offre une dynamique qui évite tous les poncifs actuels sur la linéarité des jeux.

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Mauvaise langue

« Mother fucker !!»... Qu'est-ce que ça peut bien faire ici, dans un jeu à thématique typiquement japonaise ? On se demande bien pourquoi ce jeu a été localisé pour l'Europe avec des voix anglaises !! Au niveau des sous-titres, rien à signaler : français, espagnol, allemand. Mais quelle idée d'avoir opté pour une localisation en langue anglaise ! Le jeu tourne parfois au ridicule : Kiryû Kazuma déambule dans les rues grouillantes au milieu des bribes de langue japonaise, se fait accueillir par le « sumimasen » local au hasard d’une boutique et, tout à coup, se met à « dialoguer » à coup de « mother fucker », et autres mondanités à l’anglaise, avec ses interlocuteurs ! Quelque chose cloche au pays de la localisation ! Car ça n'est nullement faire honneur à un jeu, dont on sent bien que l'immersion est le souci premier, que de l'habiller de voix anglaises dénaturantes, et par voie de conséquence d’ôter une bonne part du charisme des personnages et la substantifique moelle d'une ambiance si particulière. Était-ce par peur de brusquer un certain public anglo-centriste ? Était-ce pour faire un peu plus GTA aux yeux de certain(e)s ?

Bref, Sega a eu une très mauvaise idée, et si un jour l' « honneur » de pouvoir jouer à Yakuza 2 se présente (le jeu est disponible au Japon depuis le mois de décembre 2006 et devrait arriver en Europe en 2008), que ce soit avec les voix nippones, les vraies, celles que l'on entend résonner dans le cœur des Yakuza !

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{Article publié le 20 septembre 2006}