Immersion

Au premier coup d’œil jeté sur la revue Immersion, on n’a pu s’empêcher de songer à une autre revue, disparue il y a quelques années : Amusement (on en parlait ici). Quelque chose évoque le ton, le format, la maquette soignée qui faisait la part belle aux illustrations.

Au-delà de ce premier contact, on doit saluer une forme d’intrépidité qui consiste à se lancer dans une revue papier indépendante aujourd’hui, et d’autant plus quand elle a pour objet le jeu vidéo. On ne va pas faire l’histoire de la presse vidéoludique ici, mais plutôt dire qu’Immersion trouve sa place, de manière complémentaire, parmi les revues sur le jeu vidéo qui lui sont contemporaines. Tout d’abord, par son contenu éditorial, et en particulier par le fait qu’on n’y trouvera pas les sempiternels rédacteurs de la presse vidéoludique, qui se recyclent de génération en génération et d’une revue à l’autre. Dans Immersion, on croise des signatures qui font plaisir à lire, comme celle de Paul Sztulman par exemple, un auteur que l’on avait déjà rencontré dans un ouvrage intitulé Voir les jeux vidéo (Éditions Bayard, 2012).

Immersion propose donc un contenu original, dans le sens où il n’existe pas ailleurs. Car oui, le jeu vidéo se pense aujourd’hui (on songe aux deux grandes sections qui regroupent des articles d’auteurs divers autour des thématiques que sont « Métaphysiques du jeu : espaces virtuels » et « Articulations ludiques : inquiétants passages »). Et oui, bien sûr, le jeu vidéo c’est également des artistes qui s’emparent de ce médium, dont le cinéaste Jonathan Vinel, que l’on rencontre dans une interview, et dont les propos donnent beaucoup à réfléchir sur les liens entre le cinéma et le jeu vidéo.

On sent quelques hésitations quant au lectorat visé par Immersion. Par exemple, est-il utile de faire une sorte de glossaire des termes vidéoludiques (où l’on trouve les entrées « game design », « AAA (triple-A), « First Person Shooter (FPS) », « gameplay »), alors que l’ensemble des articles engage à une lecture où le langage vidéoludique est déjà acquis pour les connaisseurs ?

On regrettera une imperfection, mais qui est bien souvent celle des premiers numéros dans la presse : des coquilles s’offrent elles-aussi à la lecture. Par ailleurs, et s’il s’agissait de pinailler, les légendes des illustrations sont malaisées à lire, pour cause d’une taille de police trop petite… ce qui est un peu dommage quand on constate l’importance donnée aux images.

Sous ses airs de revue qui surfe sur la vague actuelle (format riche de 136 pages – beau papier – beaucoup d’illustrations – tarif de 14,90€ – parution semestrielle), Immersion apporte néanmoins du sang neuf dans le spectre de la presse vidéoludique.