Les Cahiers Vidéoludiques

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vendredi 29 mai 2009

Casual "m'a tuer"

Casual m'a tuer

Pour une fois – n’est pas coutume – je vais dire « je », ici-même. Un « je » (jeu ?) affecté, qui explique ce silence cahiersvidéoludiquesques. Et vous voulez savoir pourquoi ?...

... Le syndrome GTA IV

Définition du syndrome GTA IV : affection touchant les joueurs-ses du célèbre jeuGrand Theft Auto IV, se caractérisant par une perte d’intérêt et une apathie générale pour toute autre forme de jeu vidéo ; le joueur ou la joueuse, en quête permanente d’expériences vidéoludiques nouvelles et originales sombre dans une déception croissante au contact des autres jeux. Et particulièrement, on constate un encéphalogramme vidéoludique désespérément plat au contact de ces derniers.

Voilà ! Tout est dit dans cette définition ! Il y a des exceptions, bien sûr : Flower très certainement. Little Big Planet, à la rigueur !

... Le marronnier vidéoludique des licences

Dans le jargon journalistique, le marronnier c’est l’actualité qui revient chaque année, genre le beaujolais nouveau. En jeu vidéo, le marronnier c’est pour moi la sortie du énième numéro d’une licence (Silent Hill XIII, Resident Evil IX, etc.). Silent Hill, parlons-en, justement ! Fan inconditionnelle, voilà un terme galvaudé... mais je n’en ai pas d’autre !

Et puis arrive Silent Hill Homecoming : si ce jeu pouvait porter la mention « approuvé » au titre du jeu le plus politiquement correct de l’entertainment à la sauce américaine, il ne pourrait pas lui arriver pire chose. Et pourtant, c’est bien ce qu’il respire au plus profond. Tout est mauvais ici... tout transpire le bon goût de la petite cellule familiale et citadine, Ô combien stéréotypée, bousculée par une horreur aseptisée et un bestiaire ridicule. Avec un Alex Shepherd parabole de ces soldats vétérans du Vietnam (ou de l’Irak) qui reviennent chez eux, rejetés et inadaptés à un retour à la normale. Sauf qu’ici, Alex Shepherd n’est que l’ombre de l’histoire américaine, et d’un scénario en manque d’épaisseur. Ce qui était abstraction jusqu’ici, et qui faisait très certainement l’une des forces de Silent Hill, disparaît au profit du « on vous explique tout, rien ne restera caché ». Voilà très certainement ce qui différencie le point de vue japonais de l’américain. Voilà qui explique que jamais Silent Hill n’aurait dû tomber entre les mains d’un studio américain comme Double Helix. Seul reste le son dans ce jeu ! Son qui porte les images, son qui soutient les évènements, son qui articule le scénario, son qui donne de l’épaisseur aux personnages : on peut dire merci à Akira Yamaoka, unique trace japonaise, et seul rescapé du marasme.

... Casual « m’a tuer »

Constat d’une mort annoncée... A plusieurs reprises il m’est arrivé de mettre en cause l’arrivée du casual gaming (je renvoie à certains articles des Cahiers Vidéoludiques à ce sujet). Et ce qui devait arriver arrive : le jeu vidéo s’est fait grignoter par l’esprit casual. De l’intérieur il se fait contaminer petit à petit : dans le gameplay, dans l’élaboration et le contour des personnages, dans la construction scénaristique. Le casual, c’est le marketing qui fait croire à tout le monde que le jeu vidéo est une marchandise comme une autre, et surtout, une marchandise saine procurant une hygiène cérébrale et physique parfaite. Le casual c’est flatter l’ego de ceux et celles qui n’ont jamais joué. Le casual c’est faire entrer le quotidien dans le jeu vidéo, et non l’inverse. Le casual c’est tout dire sans rien abstraire. C’est un peu comme si Hollywood aujourd’hui (pas l’Hollywood de l’Âge d’Or, on s’entend) fabriquait du jeu vidéo (cf. Silent Hill Homecoming). Le casual, c’est la signature de tout ce qui meurt aujourd’hui dans le jeu vidéo.

Que faire alors ? Attendre peut-être que la politique lisse d’un marketing qui vante un gameplay réflexif et répétitif s’essouffle. Espérer que les concepteurs de jeu soient capables d’autocritique et nettoient à l’avenir les traces de casual qui se sont immiscées dans leur création. Boycotter les jeux vidéo qui caressent le joueur dans le sens de la bêtise ambiante et devenir un joueur/une joueuse responsable en refusant de donner de son temps à une industrie du spectacle... comme les autres !

mercredi 12 novembre 2008

A NE PAS CONFONDRE !

Cahiers du jeu vidéoL'année 2008 est sans nul doute à marquer d'une pierre blanche pour sa floraison de revues consacrées au jeu vidéo. Depuis le 20 octobre 2008, les Éditions Pix'N Love ont mis en circulation une nouvelle revue... Les Cahiers du jeu vidéo ! Son propos est d'offrir une série d’ouvrages réalisés autour d’un thème précis (nous citons). Le premier numéro, lui, est consacré à la thématique de la guerre dans le jeu vidéo. Le sommaire détaillé est disponible sur la page de l'éditeur.

Malheureusement nous n'avons pas encore pu nous procurer un exemplaire de ce petit nouveau de la presse, nous ne pourrons donc rien en dire quant à son contenu (qui semble alléchant d'après son sommaire) ! En revanche, ce que nous pouvons d'ores et déjà remarquer, c'est la très nette proximité des noms entre le site que vous êtes en train de lire... et ces Cahiers du jeu vidéo !

mardi 13 mai 2008

Édito

Un manque de reconnaissance comme point de départ

Aujourd’hui, le jeu vidéo ne semble toujours pas pris au sérieux dans nos sociétés : rejeté par les institutions culturelles et méprisé par la critique, il est l’éternel absent des programmes dits « de culture ». Mais il est aussi raillé, décrié, pointé du doigt cette fois lorsqu’il s’agit de trouver le coupable idéal à un certain vide éducatif ou aux accès de violence de certains jeunes. Et dans les espaces de la presse papier ou internet qui lui sont consacrés avec bienveillance, le point de vue sur le jeu vidéo se résume la plupart du temps à de la critique anecdotique, à du test noté ou à ce que l’on nomme communément de la « news ». En un mot, le jeu vidéo n’a pas encore acquis –loin s’en faut- sa place d’objet de culture (comme l’a fait le cinéma, par exemple).

L’impasse de la recherche universitaire

En France, aujourd’hui, on commence néanmoins à voir apparaître divers travaux universitaires traitant du jeu vidéo (livres, sites internet). Mais alors que l’on pourrait s’attendre à ce qu’il soit logiquement le point de départ de la recherche, le jeu vidéo finit bien souvent par apparaître comme une pièce rapportée : on plaque sur le sujet des connaissances provenant d’un mode de pensée académique qui ne tient absolument pas compte d’un langage ni d’une pensée propres au jeu vidéo. Et qui ne fait pas état non plus, loin s’en faut, d’une pratique régulière des jeux vidéo par les chercheurs !!! Le résultat de ces travaux universitaires, la plupart du temps, est que le jeu vidéo est traité comme un nouvel objet d’analyse anthropologique, psychologique, sociologique, etc., subordonné à la grille de lecture disciplinaire et au jargon des spécialistes : ceux-ci viendront appréhender le jeu vidéo à la lumière des connaissances propres à leur domaine, avec pour résultat un jeu vidéo coupé de ses propres spécificités.

Le jeu vidéo, un art nouveau

Ces deux façons d’appréhender le jeu vidéo (absence de reconnaissance culturelle et analyse académique « plaquée ») sont probablement excusables par le fait que le jeu vidéo est un média jeune, récent, en mouvement. Mais pour moi, cela ne fait aucun doute que le jeu vidéo est un art. Un art naissant, certes, mais bien un art (un 10ème art ?). Et il est temps qu’il soit vécu, observé, analysé en tant que tel. Car aujourd’hui des auteurs, des identités, des courants, des styles se dessinent peu à peu, témoins d’une vivacité créatrice en droit d’être saluée.

Les Cahiers Vidéoludiques ?

Je m’appelle Esté Dalleu et je suis fondatrice des Cahiers Vidéoludiques. De formation initiale dans le cinéma, les « chemins tortueux » de la vie m’ont amenée à devenir journaliste/pigiste dans le domaine du jeu vidéo. Mes expériences de rédactrice dans le domaine de la presse papier et sur divers sites internet m’ont confirmé qu’il n’y avait pas de réel espace où le jeu vidéo était traité comme un objet culturel à part entière. Et d’autre part que seul internet pouvait offrir aujourd’hui une liberté de pensée et d’expression inconditionnelles. Malgré cela, peu d’espaces encore proposent un point de vue indépendant et libre ; peu ne sont pas assujettis aux fameux communiqués de presse qui biaisent parfois l’information. En somme, peu d’espaces ne sont pas à la course à l’actualité et donc au visiteur transformé en cible publicitaire ! Le site des Cahiers Vidéoludiques ne cherche pas à être un énième site « informatif » sur le jeu vidéo. Il vient offrir un point de vue, une réflexion critique sur le jeu vidéo. Son but n’est pas de coller à l’actualité en déversant un flot de « news » (ce que de bons sites savent très bien faire pour nous informer), mais proposera à partir de l’actualité du jeu vidéo un recul critique. Son but n’est pas non plus de réduire la critique d’un jeu vidéo à une simple note ou à une simple vision de sa jouabilité, mais d’offrir un temps d’analyse, où les autres arts et la transdisciplinarité pourront s’inviter pour venir nourrir la réflexion sur une matière qui draine encore tant d’idées reçues sur ce qu’elle est et n’est pas... et faire qu’enfin le jeu vidéo soit « bien perçu » culturellement.

Bienvenue dans l’espace des Cahiers vidéoludiques !

Vous pourrez y découvrir les principaux espaces de réflexion et de discussion suivants :

- une « salle d’actus », salle de réflexion sur l’actualité du jeu vidéo

- une « salle de jeux », consacrée à la critique des jeux vidéo

- une « salle d’op’ », ouvrant le champ à toutes sortes de réflexions sur le sujet « jeu vidéo »

- un « parloir », lieu de la rencontre et de l’échange avec les acteurs du monde vidéoludique

- une rubrique « bibliographie critique », faisant le tour des ouvrages qui traitent du jeu vidéo et qui sera mise à jour au fil des nouvelles sorties.

Et maintenant que vous en savez un peu plus sur le site, j’ose espérer que vous aimerez parcourir ces Cahiers Vidéoludiques, et que vous aimerez aussi contribuer par vos commentaires à la réflexion sur un sujet et un objet culturel que nous avons en commun, ici et maintenant : le jeu vidéo.

Bonne lecture !

CONTACT: este (at) cahiersvideoludiques (point) fr