
4 opus vidéoludiques, 4 OST
Silent Hill est une saga qui dure déjà depuis quelques années. On a
tout dit, ou presque, sur les quatre opus de ce jeu vidéo : sur son
originalité, ses thématiques récurrentes, sa capacité à susciter la peur chez
le joueur, etc. Aujourd’hui, je souhaiterais m’arrêter un peu sur ses OST
(Original Sound Tracks). Car nous sommes en présence d’un jeu dont l’aura s’est
développée autant par sa musique que par le reste.
Les OST sont au nombre de quatre, une pour chaque jeu. Il existe d’autres
documents sonores, que certains petits veinards ont la chance de
posséder : l’album promotionnel de Silent Hill 3 (dont deux
pistes ne figurent pas sur l’OST : « Heads N°1 » et « Life
»). Ou bien, plus rare, l’album promotionnel distribué pour toute pré-commande
de Silent Hill 4 aux Etats-Unis, sur lequel ne figurent pas moins de
13 pistes inédites ! Nous allons nous concentrer ici sur les quatre OST
des quatre jeux. Car ça m’embêterait beaucoup de parler de choses qui ne sont
pas accessibles à tous !

Pour se repérer un peu dans le temps, voici les dates de sortie de ces
OST :
-Silent Hill : 1999
-Silent Hill 2 : 2001
-Silent Hill 3 : 2003
-Silent Hill 4 : The Room : 2004
Le « grand manitou » : Yamaoka Akira
L’auteur, et compositeur, des musiques se prénomme Yamaoka Akira. Il est
autodidacte, joue principalement de la guitare et est né le 6 février 1968 au
Japon. On peut lire pas mal d’interviews de lui, surtout en ce moment, où
l’actualité de Silent Hill est relancée par la sortie du film de
Christophe Gans. Si vous voulez avoir plus d’informations le concernant, je
vous conseille de vous rendre sur le site de Squaremusic, où une biographie très complète vous en dira un
peu plus sur une personnalité réputée pour son manque de modestie. En clair, il
est le « grand manitou » des ambiances sonores de Silent
Hill. Et, par ailleurs, il ne se cantonnera pas à ce rôle puisqu’à partir
de Silent Hill 3, il deviendra Game Producer du jeu (on le retrouvera
aussi dans ce rôle pour l’opus 4).

Non content d’être le « grand manitou », il est aussi un musicien qui
sait parfaitement bien s’entourer lorsqu’il s’agit de créer une ambiance sonore
particulière. Je parle ici de l’interprète Mary Elizabeth Mc Glynn, par
exemple. Mais nous reviendrons là-dessus plus loin. Pour l’heure, nous allons
nous arrêter sur quelques aspects fondamentaux de la création musicale de
Yamaoka Akira pour Silent Hill, qui viennent prouver tout son talent
créatif.
Question de genres
De façon un peu schématique, on peut séparer en deux les genres musicaux que
l’on retrouve sur les 4 OST de Silent Hill. Un genre plutôt
« bruitiste » et un genre plus mélodique. La chose tout à fait
intéressante que l’on peut constater, c’est l’évolution de l’imbrication de ces
deux genres au fil des OST. En effet, dans le premier album ces deux genres
sont encore relativement bien séparés (une piste est plutôt bruitiste, alors
qu’une autre est plutôt mélodique), comme s’il y avait là une scission musicale
nette. Or, dans les albums suivants, cette frontière va être de plus en plus
floue. Cela se remarque aux nombres de pistes, qui passent de plus d’une
quarantaine pour la première OST à une vingtaine pour la dernière. Comme si, au
fil des opus musicaux, se fondaient ces deux genres. Au même titre que monde
« normal » et monde « altéré » se mêlent et se confondent
plus franchement dans le jeu, la musique va mêler elle aussi plus franchement
les éléments bruitistes aux mélodies, et inversement.

L’Identité sonore
Yamaoka Akira a très bien réussi à apposer une marque hautement
reconnaissable à la musique de Silent Hill, comme un logo sonore, qui
fait qu’à la moindre écoute, à la moindre parcelle de son, il ne fait aucun
doute sur l’identité de cette musique. Deux procédés tout à fait ingénieux ont
contribué à établir ce lien : ce que j’appellerai le leitmotiv wagnérien,
et d’autre part, l’empreinte vocale.
Le leitmotiv wagnérien est bien connu des musiciens, et consiste, en résumé,
à associer un son, une mélodie ou l’empreinte sonore de certains instruments à
un personnage (ou même à une thématique ou a un sentiment). Wagner n’est pas le
grand instigateur de ce procédé mais c’est bien lui qui l’a systématisé dans
ses opéras et qui lui a donné ses lettres de noblesse. On retrouve exactement
la même nature du leitmotiv dans les OST du jeu, par exemple dans cette mélodie
de mandoline (ou qui s’y apparente) ou bien dans la présence des instruments à
cordes. Je parlerais donc de leitmotiv dans le sens wagnérien du terme dans les
musiques de Yamaoka, car on retrouve, tant dans les parties bruitistes que
mélodiques, ces thématiques sonores qui permettent l’association immédiate du
son à un instant et à un contexte propres au jeu.
Autre procédé : l’empreinte
vocale. Aux parties vocales des OST de Silent Hill on retrouve deux
noms : Mary Elizabeth McGlynn et Joe Romersa. Choix fort judicieux car il
ne fait aucun doute que ces deux voix apportent toute l’empreinte vocale si
reconnaissable maintenant. Mary Elizabeth McGlynn, connue sous d’autres noms
(dont celui de Melissa Williamson, que l’on retrouve sur l’une des OST de
Silent Hill par exemple) est aussi connue pour faire les voix
anglaises dans des animés japonais (mais pas uniquement) dont celle de Kusanagi
dans Ghost In The Shell Stand Alone Complex. Il en va de même pour Joe
Romersa : il porte plusieurs pseudonymes et réalise aussi des doublages
des voix anglaises. Ces deux voix, faisant le pont entre la culture orientale
et occidentale, marquent, d’une part, un choix stratégique de la part du
compositeur, et encore une fois, cette volonté d’assigner une empreinte toute
particulière aux OST grâce à l’emploi de tessitures vocales assez originales.
Empreinte qui permet un raccordement immédiat par l’auditeur au contexte.
Une unité thématique
Leitmotiv et empreinte vocale sont les deux aspects fondamentaux qui vont
former l’unité thématique sonore des OST de Silent Hill, et qui
témoignent, bien évidemment, de l’intelligence créative du compositeur. Grâce à
ces deux procédés s’opère une chose assez rare pour être soulignée : d’une
part, le jeu n’existe pas sans la musique, qui ne se contente pas d’être
purement et simplement illustrative, mais participe aussi à la création d’un
univers. D’autre part, si la musique renvoie à l’image –et inversement- de
façon directe pendant le jeu, cet écho perdure ensuite, mentalement cette fois,
à la moindre écoute des OST, bien après l’extinction de la console !
Enfin, écouter la musique en dehors du contexte du jeu est aussi un réel
plaisir car elle a sa propre autonomie et valeur artistique.
Si vous n’avez pas joué à Silent Hill ou que vous ne comptez pas y
jouer, n’hésitez pas à écouter Silent Hill. Vous verrez, c’est une
expérience musicale inoubliable !

{Article publié le 28 avril 2006}