Les Cahiers Vidéoludiques

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mardi 13 mai 2008

Ségo, Sarko et... jeu vidéo ?

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Au moment de la campagne présidentielle, il est de coutume d'interpeller les candidats à l'investiture suprême sur les divers sujets qui animent notre société. Seulement voilà, on est en 2007 et à quelques jours de l'élection présidentielle. Et il faut bien dire que les sujets culturels n'auront pas été les plus abordés lors de cette campagne... Voire même, la culture aura été pour la première fois depuis longtemps la grande absente. Signe des temps, tout sujet culturel a été sacrifié sur l'autel du tout matériel ! Parler de jeu vidéo dans ce contexte semble bien être le cadet des soucis de tout un chacun. Pourtant, le jeu vidéo fait bien partie du secteur culturel, et de surcroît, du secteur industriel...

S'il figure parmi les grands absents des sujets abordés par les candidats à la présidentielle, on a pu tout de même voir ces candidats parler de jeu vidéo dans la presse vidéoludique française. Mais là encore, ils ne sont pas venus de gaieté de coeur... ce sont les journalistes qui ont dû aller les chercher !

Revue de presse

Le magazine officiel PlayStation, dans son numéro 1 du mois d'avril 2007 et le Canard PC sont les seuls à avoir interpellé les candidats à la présidentielle sur la question du jeu vidéo. On constate avec effroi que dans la plupart des réponses aux questions posées (lorsque les candidats répondent) les candidats tirent à eux la couverture de leur programme et se contentent de faire leur prosélytisme politique. Dans la plupart des cas on sent qu'ils s'expriment sur un sujet qu'ils ne connaissent pas, ou bien dans un langage formaté par quelque conseiller. Seul Olivier Besancenot dans l'interview du Canard PC donne les réponses d'une personne qui semble connaître le sujet et avoir l'expérience du jeu vidéo... Un candidat sur douze, donc...

Côté magazine PlayStation, sur 3 candidats « majeurs » (centre, droite, gauche), seuls les candidats Sarkozy et Royal ont répondu... mais pas à toutes les questions ! On voit bien là l'ignorance dans laquelle nage la classe politique. Ou peut-être pense-t-elle que le loisir numéro un en France ne mérite pas autant d'attention et peut encore rester méprisable au point de laisser les interviews avec des cases vides ?

Dans l'ensemble, on s'en doutera, les réponses portent sur les aspects économiques et productifs. Rarement, voire jamais, il n'est fait mention de ce secteur comme pouvant être celui d'une expression culturelle ou artistique. Les choses de l'esprit, de la créativité ne sont pas à la mode... Soit ! Le jeu vidéo ne fera pas exception à la règle sacrificielle de cette élection !

Bilan

Le jeu vidéo en France, en plus d'exister dans les secteurs de la culture, des loisirs et de l'industrie, participe aussi au rayonnement de la France dans le monde. Citer les exemples d'Ubisoft, de David Cage ou d'Eric Viennot, qui contribuent (et ils ne sont pas les seuls) à répandre la fameuse idée de « french touch » et d'avant-garde dans le domaine du jeu vidéo ne suffira malheureusement pas à faire prendre conscience aux bonnes âmes politiciennes de l'importance du rayonnement de ce secteur à travers le monde.

Alors faire le bilan aujourd'hui de ce que la classe gouvernante a fait jusqu'ici pour le jeu vidéo reviendrait à fustiger les politiques qu'elles soient de gauche, de droite ou d'ailleurs. Laissons chacun juger selon son coeur !

Alors, oui, c'est toujours bien de distribuer des médailles de Chevalier dans l'Ordre des Arts et des Lettres à des créateurs de jeu vidéo tant étrangers que français. Oui, le tant attendu crédit d'impôt aidant à la création du jeu vidéo en France est enfin arrivé !

Mais des médailles tape-à-l'oeil et un crédit d'impôt d'abord refusé par le Sénat avant d'être adopté par l'Assemblée Nationale ne pèsent pas lourd dans le panier de la reconnaissance de la création vidéoludique française.

Avenir

L'heure serait peut-être venue de s'engager dans un vrai discours de reconnaissance de cette industrie et de cet art. Commencer par élever le jeu vidéo au rang qu'il mérite en arrêtant de le considérer comme une matière vile ou méprisable. Commencer par rassembler les acteurs de ce secteur pour répondre à de vraies attentes et de vraies demandes. Commencer par considérer de façon juste les travailleurs de ce secteur pour éviter leur fuite inexorable à l'étranger, là où leurs qualités de techniciens et de créatifs sont reconnues. Développer des pôles ou des lieux culturels qui prennent en compte un patrimoine avant qu'il ne disparaisse dans la nature (ce qu'il a déjà commencé de faire).

Bref, les propositions ne manquent pas !

Ce qui manque dans cette campagne présidentielle, c'est l'un des éléments fondamentaux qui contribuent aussi au bon fonctionnement d'une société : la culture. Et pour une fois, parlons des absents !!

{Article publié le 19 avril 2007}

Quel avenir pour le jeu vidéo en France?

Comme l'occasion fait souvent le larron, je profite de l'annonce d'un colloque qui se tiendra le 11 septembre au Palais Bourbon à Paris, sur la thématique « quelle politique pour les jeux vidéo? », pour faire un petit état des lieux critique de la vitalité culturelle et industrielle du jeu vidéo en France.

Une création vivace, des politiques aveugles

En France, il existe une création vidéoludique, et on peut citer de grands noms : David Cage, Michel Ancel. D'autres grands noms encore : Ubisoft, Vivendi Universal Games, etc. Et puis, derrière ces grands noms, il en existe des milliers d'autres, de femmes et d'hommes qui au quotidien travaillent, créent pour rendre vivace l’industrie du jeu vidéo en France. Certain(e)s de ces hommes et de ces femmes ont trouvé leur place dans nos industries françaises mais combien ont quitté le sol français pour aller chercher une meilleure place ailleurs? Voilà une première conséquence du peu de reconnaissance de ce domaine de création dans notre pays et, surtout, nous touchons ici le cœur du problème : la France n'a jusqu'à présent pas réussi à structurer et à tisser un réseau efficace de communication entre les divers acteurs de la création vidéoludique. Comme souvent, les pouvoirs publics, à reculer et à avancer, ont en partie paralysé la prise d'initiatives. Une jolie preuve de ce que je suis en train de dire? Allez consulter le portail étatique France Game, qui se veut le « portail international de l'industrie française du jeu vidéo »! Vous verrez que son contenu n'honore pas la vision étatique sur l'industrie française du jeu vidéo : site pas mis à jour, articles pas toujours en phase avec la réalité du propos, etc. Un comble quand même!! Alors que ce portail officiel est censé promouvoir la création française d'un point de vue international... En revanche, bien loin de tout ça, l'Agence Française pour le Jeu Vidéo, qui est, elle, un portail associatif indépendant, ou même JIRAF, encore un portail associatif, contribuent plus que jamais à la vivacité et à la visibilité du jeu vidéo en France!

Le réveil politique ?

Il y a des points positifs cependant : des médailles pour commencer, et puis des aides financières. L'État met donc en place une reconnaissance culturelle de ce média, réalisant donc (enfin) que ce vivier industriel de création a besoin d'un coup de main financier pour s'épanouir. Tout ça est très bien, et il faut saluer toute initiative, pourvu qu'elle soit positive pour la création vidéoludique en France. Mais il serait utile aussi que l'État ait une vision réaliste de ce secteur de création tout à fait particulier, car, je peux vous le dire pour l'avoir vécu, il n'est pas facile pour cette industrie d'adapter ses différentes besoins d'emplois et la gestion de l'entreprise aux diverses législations françaises! Ainsi donc une bonne part de la volonté de création et d'épanouissement d'une entreprise se retrouve souvent confrontée à la rigidité des structures législatives sur l'emploi et l'entreprise. D'où, par exemple, cette fuite des créateurs vers un ailleurs meilleur où les salaires sont à la mesure du travail fourni.

Des propositions...

Il ne fait aucun doute pour moi qu'un tissu relationnel et un réseau de communication doivent être créés en France. Des initiatives ponctuelles ont lieu, comme celle de « Jouez » à la Cité des Sciences et de l'Industrie qui aura lieu les 29, 30 septembre et 1er octobre; ou bien les Tables Rondes organisées par le Carrefour Numérique (encore la Cité des Sciences et de l'Industrie!) dont vous pouvez d'ailleurs visualiser les vidéos en allant sur ce lien. Toutes ces initiatives sont fort louables mais hélas trop ponctuelles! De ce fait il ne reste plus qu'une solution : que la France se dote d'un réel lieu consacré au jeu vidéo, d'un vrai lieu de rencontre de tous les acteurs de ce secteur! Car si l'État français veut réellement montrer qu'il souhaite s'investir sérieusement dans une reconnaissance culturelle du jeu vidéo et soutenir enfin ce secteur industriel en plein essor (et il en serait grand temps), il doit plus que jamais montrer l'exemple d'une France culturellement d'avant-garde. Il n'est jamais trop tard! En attendant, mon imagination a déjà parcouru un petit bout de chemin sur ce que pourrait être ce lieu : un Centre Culturel du Jeu Vidéo et du Multimédia! Voici ce que vous pourriez y trouver :

-un espace muséographique (les machines, leurs créateurs) où l’on pourrait s’imprégner de l’histoire d’un art qui manque fort justement d’un lieu de mémoire et d’un lieu où le patrimoine culturel lié au jeu vidéo et au multimédia est accessible à tous

-un espace consacré aux métiers du jeu vidéo avec un espace « emploi », voire même, la création d'une vraie école d'État de formation aux métiers du jeu

-un espace de conférences où les chercheurs, les créateurs, les industriels, les élèves des différentes écoles multimédia et les joueurs pourraient se rencontrer à l'occasion de cycles de conférences mensuels voire hebdomadaires

-un espace pour les joueurs avec une salle consacrée aux parties Lan ou en réseau, avec l’organisation de rencontres nationales et internationales

-un espace consacré à la découverte des différents supports (ordinateurs/consoles) et jeux, mis à disposition (possibilité, par exemple, de venir découvrir un jeu pendant un laps de temps sur une console ou tout autre support). Cet espace pourrait promouvoir la rencontre entre les « habitués » des nouvelles technologies et du jeu et les néophytes qui souhaiteraient s'initier (pourquoi ne pas promouvoir des rencontres de personnes de différents âges, par exemple)

Aaah, qu'il est doux de rêver...

{Article publié en septembre 2006}