Au moment de la campagne présidentielle, il est de coutume d'interpeller les candidats à l'investiture suprême sur les divers sujets qui animent notre société. Seulement voilà, on est en 2007 et à quelques jours de l'élection présidentielle. Et il faut bien dire que les sujets culturels n'auront pas été les plus abordés lors de cette campagne... Voire même, la culture aura été pour la première fois depuis longtemps la grande absente. Signe des temps, tout sujet culturel a été sacrifié sur l'autel du tout matériel ! Parler de jeu vidéo dans ce contexte semble bien être le cadet des soucis de tout un chacun. Pourtant, le jeu vidéo fait bien partie du secteur culturel, et de surcroît, du secteur industriel...
S'il figure parmi les grands absents des sujets abordés par les candidats à la présidentielle, on a pu tout de même voir ces candidats parler de jeu vidéo dans la presse vidéoludique française. Mais là encore, ils ne sont pas venus de gaieté de coeur... ce sont les journalistes qui ont dû aller les chercher !
Revue de presse
Le magazine officiel PlayStation, dans son numéro 1 du mois d'avril 2007 et le Canard PC sont les seuls à avoir interpellé les candidats à la présidentielle sur la question du jeu vidéo. On constate avec effroi que dans la plupart des réponses aux questions posées (lorsque les candidats répondent) les candidats tirent à eux la couverture de leur programme et se contentent de faire leur prosélytisme politique. Dans la plupart des cas on sent qu'ils s'expriment sur un sujet qu'ils ne connaissent pas, ou bien dans un langage formaté par quelque conseiller. Seul Olivier Besancenot dans l'interview du Canard PC donne les réponses d'une personne qui semble connaître le sujet et avoir l'expérience du jeu vidéo... Un candidat sur douze, donc...
Côté magazine PlayStation, sur 3 candidats « majeurs » (centre, droite, gauche), seuls les candidats Sarkozy et Royal ont répondu... mais pas à toutes les questions ! On voit bien là l'ignorance dans laquelle nage la classe politique. Ou peut-être pense-t-elle que le loisir numéro un en France ne mérite pas autant d'attention et peut encore rester méprisable au point de laisser les interviews avec des cases vides ?
Dans l'ensemble, on s'en doutera, les réponses portent sur les aspects économiques et productifs. Rarement, voire jamais, il n'est fait mention de ce secteur comme pouvant être celui d'une expression culturelle ou artistique. Les choses de l'esprit, de la créativité ne sont pas à la mode... Soit ! Le jeu vidéo ne fera pas exception à la règle sacrificielle de cette élection !
Bilan
Le jeu vidéo en France, en plus d'exister dans les secteurs de la culture, des loisirs et de l'industrie, participe aussi au rayonnement de la France dans le monde. Citer les exemples d'Ubisoft, de David Cage ou d'Eric Viennot, qui contribuent (et ils ne sont pas les seuls) à répandre la fameuse idée de « french touch » et d'avant-garde dans le domaine du jeu vidéo ne suffira malheureusement pas à faire prendre conscience aux bonnes âmes politiciennes de l'importance du rayonnement de ce secteur à travers le monde.
Alors faire le bilan aujourd'hui de ce que la classe gouvernante a fait jusqu'ici pour le jeu vidéo reviendrait à fustiger les politiques qu'elles soient de gauche, de droite ou d'ailleurs. Laissons chacun juger selon son coeur !
Alors, oui, c'est toujours bien de distribuer des médailles de Chevalier dans l'Ordre des Arts et des Lettres à des créateurs de jeu vidéo tant étrangers que français. Oui, le tant attendu crédit d'impôt aidant à la création du jeu vidéo en France est enfin arrivé !
Mais des médailles tape-à-l'oeil et un crédit d'impôt d'abord refusé par le Sénat avant d'être adopté par l'Assemblée Nationale ne pèsent pas lourd dans le panier de la reconnaissance de la création vidéoludique française.
Avenir
L'heure serait peut-être venue de s'engager dans un vrai discours de reconnaissance de cette industrie et de cet art. Commencer par élever le jeu vidéo au rang qu'il mérite en arrêtant de le considérer comme une matière vile ou méprisable. Commencer par rassembler les acteurs de ce secteur pour répondre à de vraies attentes et de vraies demandes. Commencer par considérer de façon juste les travailleurs de ce secteur pour éviter leur fuite inexorable à l'étranger, là où leurs qualités de techniciens et de créatifs sont reconnues. Développer des pôles ou des lieux culturels qui prennent en compte un patrimoine avant qu'il ne disparaisse dans la nature (ce qu'il a déjà commencé de faire).
Bref, les propositions ne manquent pas !
Ce qui manque dans cette campagne présidentielle, c'est l'un des éléments fondamentaux qui contribuent aussi au bon fonctionnement d'une société : la culture. Et pour une fois, parlons des absents !!
{Article publié le 19 avril 2007}
